Détour à Camopi

Bonjour tout le monde ! Comment allez-vous ?

J’avais oublié ce que c’était d’avoir des boutons de poux d’agouti, petits acariens sympathiques qui s’incrustent volontiers dans les moindres recoins de votre corps pour vous offrir des journées et nuits merveilleuses en frottements et « gratelles » en tous genres. Mon récent détour à Camopi m’a cordialement rappelé l’existence de ces parasites, tout comme il m’a rappelé l’importance de l’huile de Carapa les amis ! Oui, mais trop tard. Amen ! À mon retour à Cayenne, la pharmacie à côté de chez moi était toujours ouverte (un samedi à 13h50… pour qui habite la Guyane le détail est de rigueur, car une pharmacie ouverte un samedi passé midi c’est une chance, ou un samedi tout court en fait). Mais ce n’est pas ce que je retiens de mon détour à Camopi. Je parle bien d’un détour. Car deux semaines auparavant le voyage n’était pas du tout prévu, ni même imaginé. Une escapade furtive et chronométrée de 4 jours dont 13 heures de trajet.

Le genre de voyage…

Une opportunité professionnelle s’est présentée et je l’ai saisie sans hésiter. Chose que je ne regrette pas du tout. Surtout lorsque mes deux passions se rencontrent : projet culturel et voyage. Et quel voyage ! Vous savez ? Le genre de voyage qui vous laisse tout petit face à l’infinie beauté de la nature, qui rappelle toute la chance que nous avons d’exister ne serait-ce que pour l’admirer. Le genre de voyage qui nous font relativiser sur notre perception du temps qui file à « vitesse grand v », des urgences et des crises du quotidien. Le genre de voyage où l’on rencontre, on s’émerveille, on partage, on s’agace, on s’enrage, on se pardonne, on rigole… Le genre de voyage où l’on vit.

J’ai voyagé avec mon frère, Grégory. J’accompagne en médiation culturelle son projet « Territoire en scène » qu’il porte avec sa compagnie Les cueilleurs de brumes, en partenariat avec la Scène conventionnée – Théâtre de Macouria. Il s’agissait d’une mission exploratoire pour la mise en place du projet. En observant et en écoutant, j’ai pu découvrir certains aspects de cette vie qui semble hors du temps là-bas. Une vie qui voit s’affronter tradition et modernité. Une vie malheureusement tiraillée par les institutions qui s’adaptent difficilement au contexte local. Une vie où l’or et l’alcool sont synonymes de fléau. Une vie – à mes yeux – dure et pour autant d’une exceptionnelle beauté. Et je ne pense pas uniquement à la beauté du paysage…

Day 1

Le premier jour c’était le voyage en lui-même. Et il m’a paru durer une éternité. Avec 3h30 de route et les 4h de pirogue… 4 heures de pirogue ! Pourtant en saison des pluies, comme nous le sommes actuellement, la pirogue est censée être plus rapide (saison sèche > 6h…). Mais manque de bol, cette pirogue-ci était chargée d’une énorme piscine « inter-regionale » supposée apprendre à des amérindiens qui nagent depuis leur plus jeune âge dans l’eau du fleuve à savoir nager… Mais attention, il existe un justification très officielle et très logique à cette absurdité ! Mise à part le chargement, le moteur ne semblait pas être très puissant. Avec ça il y avait la pluie et mon impatience.

Oui j’étais véritablement impatiente. Vous imaginez qu’il y a encore deux ans Camopi était situé en zone d’accès réglementée ? C’est à dire qu’il n’était pas possible d’y aller sans avoir une autorisation préfectorale. À la distance s’ajoutait la tracasserie administrative, un combo parfait pour l’isolement total d’un territoire loin d’être protégé pour autant. J’étais impatiente de voir cette partie de la Guyane qui m’était jusqu’à présent d’une certaine manière « interdite ».

Day 2

Le deuxième jour était celui des rencontres pour mener à bien le projet. J’ai été très heureuse et très surprise de rencontrer un ancien ami du lycée, Paco, prof d’EPS au collège de Camopi. Il nous a invité mon frère et moi à dîner chez lui avec sa femme et un ami à eux. C’était génial. Ils nous ont raconté tellement d’anecdotes. Elles étaient souvent drôles, parfois cruelles.

Day 3

Le troisième jour était presque celui de l’ennui. Car je ne m’ennuie jamais n’est-ce pas…? Mon frère a jugé bon de me laisser me reposer pour aller seul à la rencontre des autres acteurs clés pour le projet, et du village Wayampi (excentré du bourg même de Camopi / pour info les populations amérindiennes de Camopi sont les Teko et les Wayampi). J’étais seule avec moi-même… et les poux d’agouti ! J’en ai profité pour dormir (excellente activité), observer longuement le fleuve et lire « Pénurie de graines » de Françoise James-Ousénie. Une fiction très intéressante qui nous plonge avec un brin de sarcasme en plein coeur des délires socio-économico-politico de la Guyane. Le soir Grégory et moi nous nous sommes attablés avec nos hôtes et les autres résidents du gîte. C’était un parfait moment de convivialité, soigneusement impulsé par mon frère et sa bouteille de Belle cabresse (rhum guyanais).

Day 4

Le quatrième jour était le départ. Le retour était de loin beaucoup plus agréable que l’aller. Etait-ce la fraîcheur du matin, l’absence de pluie, la vélocité de la pirogue ? Certainement un mélange de tout ça. Mais je me plaisais à savourer chaque merveille du paysage nous environnant. À essayer de distinguer les espèces d’oiseaux. À comparer la taille des martins-pêcheurs. Grâce à mon frère j’ai vu un aigle (première fois que j’en voyais en Guyane). Grâce à moi il a vu un îlot en forme de tortue. Je souris en y repensant.

Reconnaissance

Si l’occasion se représente d’aller à Camopi, pour le travail ou pour le plaisir, j’y vais sans hésiter. Merveilleuse destination de ma Guyane chérie. Et ça c’est du parfait #MiVidaPerfecta , car si je n’avais pas décidé de me lancer dans l’entreprenariat avec cette spécialisation dans l’ingénierie de projets culturels, cette opportunité ne serait pas présentée. Donc je suis reconnaissante. Et j’ai hâte de vivre encore tous pleins d’aventures.

Et vous ? Vous me suivrez dans mes aventures ? Et quelles sont les vôtres ?

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  • Aux détracteurs de la Guyane et aux adeptes du « Enguyaneyarien », SOTI LA 😀
    Superbe article et agréablement documenté, quel beau séjour tu as eu !

    • Oui Alice quel beau séjour, une vraie opportunité qu’il ne fallait en aucun cas rater. Merci pour ta contribution très chère 🙂

  • Salut Mo pitite

    Fantastique ton compte rendu de découverte de Camopi.

    Tu sublimes par l’écriture dans la langue de Molière ce prompte vécu , au côté de ton Frere Greg, dans cette contrée merveilleuse de notre Guyane.

    Gros bisous.

    To ti Papa Cheri

  • Guyane, je t’aime <3
    Elo, merci pour cet article enchanteur ! Tu pourrais aisément ajouter une activité touristique à ton arc professionnel car tu sais merveilleusement bien donner envie 🙂
    Ça rappelle à mon bon souvenir mon week-end au Camp Cisame où nous avions pu profiter de 48 heures du calme le plus parfait. Comme toi, je suis revenue avec un petit stigmate : une morsure de chauve-souris … depuis je suis Bat-Girl ! 😀

    • Ah ah ah bat-girl ça c’est pas mal… eh bien cette corde touristique le sera à travers des cours de communication pour le tourisme et des cours de tourisme culturel à la rentrée prochaine (ce qui veut aussi dire préparation des cours cet été, je vais mourir ! LOL)